Pensées variées – Rêves / antianti, etc.


Journal / mardi, octobre 23rd, 2018

fente

*

Dans le vivant, ce qui épuise
et mène au repos.

Dans le repos, ce qui crée le vivant.

*

Prendre, sans piller
donner, sans sur-tuer

*

Dans ce rêve, je pouvais voir au-dessous mon corps, blanc opaque.
Aucune veine, ni défauts, aucune vie.
Sur ma fesse, un grand X rouge.

Au réveil, rien.

Peut-être encore, au loin, le souvenir d’un oiseau massif
m’ayant ramenée jusque dans mon lit.

Dans ses ailes, je me rendors.

*

Aller là ou je peux.

*

marcher (2)

*

Le tragique? Pour qu’il existe,
il doit être ressenti.

Autrement, les événements s’enchaînent
les émotions restent les mêmes

et on parle alors
de la vie. 

Rires et tristesses qui s’emmêlent
dans le calme extrême, sans tremblements

ni spasmes, lorsque se propagent
poisons et orgasmes.

Le tragique, c’est peut-être aussi
l’émotion qui n’est pas là

que l’humain considère évidente
qu’il appose à celui
qui vit l’instant.

*

Sans romantisme,
pas de masochisme.

Au-delà de la violence
un nouveau nom pour l’amour.

*

allo (1)allo (2)

*

Du loup chassé
je ne suis pas l’aboiement.

Plutôt la main tendue, inconditionnellement,
hors des murs

j’entends sa venue
à la lisière de la forêt
ou je peux vivre et mourir en paix

mon armée n’attaque pas
mais sait combattre.

J’appelle doucement le loup
sans voix ni mouvements

je ressens son tremblement.

Je suis là, debout,
entre les arbres et la neige
à l’intérieur même du paysage

je suis là, le mouvement
n’est pas moi.

Ce vent porte la mémoire
de la vie juste là, le vent touche
et n’emporte pas souvent.

Il m’enveloppe
comme j’aimerais envelopper

je respire en lui,
comme toujours, je suis là.

Le loup, épuisé du voyage
aura oublié quelques instants
l’origine du départ.

Dans ma maison,
nul besoin de mémoire.

*

Ce que j’appelle ma docilité,
c’est cette assimilation.

J’écoute, je vois
puis je ressens

même sans souffrir
(je n’ai jamais aimé le martyr)
sans m’ouvrir

pudique, dans l’intimité
quelque chose se diffuse.

Comme un souffle,
mon ressenti
doucement caresse

sans démonstration
ça se passe, ça existe.

Une émotion
que l’autorité amplifie

la pression, je ne l’ai jamais supportée
par respect, je m’en défais.

Je comprends, au-delà de mon intelligence.

Quelque chose se passe,

je remercie.

*

Les sacrifices n’émeuvent pas
les dieux. Le tragique,
les humains l’ont découvert

lorsqu’ils ne pouvaient plus
supporter les déchirements.

En cette fente, ils créeront
par la totalité, comme par l’absence

ce qu’ils croiront.

*

Quand j’aime, tout se dissipe
puis quelque chose reste

rarement, il se manifeste.

Le reconnaître,
c’est savoir que rien ne peut s’approprier
l’éclat.

*

Si je dis : vole-moi,
c’est que je suis en sécurité
même dans le tremblement.

*

Je n’ai jamais trouvé refuge dans l’ennui
ni dans l’instabilité.

Nul besoin, ici-bas
de provoquer les dangers.

*

Dans ce rêve,
j’ai vu le médecin Tchekhov marcher
sur un chemin tranquille.

En me retournant vers lui,
il a pointé mon panier :

tu aimes la confiture?

– Oui, si elle ne colle pas les doigts.
Vous en voulez ? 


*

Aucun concept n’a d’importance.

Nous savons tous, depuis longtemps,
que nous vivons pour mourir.

L’amour ne tue pas,
c’est plutôt son renversement
qui crée des collisions.

Ne leur demandons pas
de savoir les supporter.

L’humain a besoin d’équilibre
juste la bonne dose de danger

pour se surpasser

parfois pour choisir,
et toujours pour défaire
lui-même les liens qui le limitent.

*

La main de l’autre
le main de Dieu :

le message ne passera pas.

Le Dieu-dictateur,
c’est Jésus qui l’a tué.

Le sort s’est reproduit
on a tourné en ridicule
le Roi des Juifs, puis toute une horde
d’originaux, se sont faits tuer
au nom de l’exception.

À quoi bon?

Il faut marcher dans ces pas
que l’on a vu comme bons

il faut ensuite les quitter
et savoir pour soi

ce que l’on voudra pour ce monde
recréer.

Il existe le partenariat.

Non pas en tant que caractéristiques séparées
et d’individualités confuses, désordonnées,
liées sans naturel.

Il faut un ensemble cohérent.

Les bases solides,
il est possible de construire.

*

Possible ? Oui.
J’ai su, je n’ai pas vu.

Ce que l’on dit « foi »
n’est pas ébranlable.

Il existe en ce monde quelque chose
de grand, de beau

au-delà des émotions.

*

La pitié, pour ceux qui ont oublié
que c’était bon de donner.

*

Plus loin dans le rêve,
dans le quartier de mon enfance

j’ai vu par la fenêtre
passer un grand char,
un tigre et un lion les tirant.

Sur le toit du véhicule,
qui se transformait petit à petit
en Tercel grise,

une femme drapée
me dit : tu as oublié de photographier. 

Enjouée par la mission
je suis sortie, mon appareil autour du cou
de la maison.

J’ai couru, libre et joyeuse,
vers le tigre étendu devant.

Face à lui, j’ai figé, calme,
comme une enfant en sécurité.

*

Les suspicions existent tant qu’il y a procès.

Autrement, rien.

Il y a alors une place pour le reste.

*

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